Étudiante, puis stagiaire, puis salariée, je suis depuis quelques années entrepreneure. Je rencontre chaque jour des entrepreneurs qui veulent agir pour leur ville, leur région, leur pays et voire même le monde. Ils veulent construire une aventure humaine et espèrent pouvoir recruter, et non licencier. La loi proposée par la ministre du travail ne colle pas à la réalité du terrain et propose un monde terne et inquiétant. En ce jour de mobilisation, il me paraissait important de m’exprimer sur ce sujet essentiel qu’est le travail de demain.

UNE AUTRE ÉPOQUE

Nous vivons une époque bien particulière. Nés sans internet ni ordinateur, nous nous retrouvons aujourd’hui à être connectés en permanence. La révolution numérique a changé notre quotidien et notre manière de travailler. Ces changements s’accompagnent peu à peu d’une volonté croissante de mieux vivre, de se sentir plus libres, plus investis. La réussite professionnelle n’est plus seulement liée au salaire, mais à cette volonté de donner un sens à notre quotidien. Nous fabriquons des robots de plus en plus performants, et c’est bien pour cela que nous souhaitons ne plus en être nous même.

SIMPLIFIER POUR EMBAUCHER PLUTÔT QUE POUR LICENCIER

Dans un monde qui change, il est nécessaire de faire évoluer les règles. Le code du travail est complexe et comporte de nombreuses contradictions, il est incontournable de s’y pencher pour le faire correspondre à notre époque. Le projet de la loi El Khomri propose une réforme qui ne correspond ni à notre époque, ni à la volonté des Français.

Pour répondre à un chômage croissant et permettre une embauche plus facile, la question clé pour les entrepreneurs n’est pas comment licencier avant même d’avoir recruté, mais bien comment garantir la longévité d’une embauche. Lorsqu’on développe une entreprise, on souhaite voir son projet grandir à travers une réussite commune : celle de son équipe. Quelle tristesse de penser la flexibilité comme priorité lorsqu’on embauche. Quel dommage de penser que cette réforme va faire baisser concrètement le chômage. Les chiffres évolueront peut être dans le bon sens, mais quelle sera la réalité du terrain ? La peur et l’incertitude risquent de l’emporter sur une société où la recherche du bien être est pourtant croissante. Pour aider à l’embauche, aidez-nous à voir la première année de recrutement plus sereinement. Baissez ou supprimez les charges la première année et pas uniquement pour les salaires les plus bas, proposez des systèmes de formation plus simples, des institutions plus fluides et plus humaines… Chers membres du gouvernement, je vous invite à venir tenter l’aventure entrepreneuriale quelques semaines pour comprendre.

Et si on souhaite de la « flexibilité », d’autres formes alternatives existent déjà : les travailleurs indépendants. Justement sur ce point aussi il est important de réformer, non pas pour précariser mais pour sécuriser ces hommes et ces femmes qui se lancent dans une aventure qui s’avère parfois risquée.

MIEUX PROTÉGER LES TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS ET ENTREPRENEURS

La réflexion autour du travail ne doit pas être pensée uniquement dans un sens : chefs d’entreprise face aux salariés. Il est incontournable de penser plus global et de voir les réalités du terrain. Les formes de collaborations sont nombreuses et diverses, et il est important d’en profiter pour réformer chacune d’entre elles. Les travailleurs indépendants ont des statuts très variés mais ont tous un point commun : la peur du lendemain. Face à des structures complexes comme le RSI, ne cotisant pas au chômage, ces travailleurs donnent énormément d’énergie pour créer leur propre emploi et méritent qu’on leur offre un statut plus sécurisé et un meilleur accès à certains droits. Les entrepreneurs qui embauchent, un peu ou beaucoup, ont eux aussi un statut complexe et risqué. Pourquoi ne pas prendre ces questions dans une réflexion globale sur le travail de demain ? Pourquoi poser les salariés dans une réflexion et les chefs d’entreprise dans une autre. Il serait plus pertinent de prendre le temps d’échanger avec les Français, comprendre leurs attentes et y répondre concrètement.

Ce 9 mars 2016, les mobilisations risquent d’être nombreuses. Les Français ne souhaitent pas voir le monde stagner, mais évoluer dans le bon sens. Mêler développement économique et évolution vers un monde humain et serein est loin d’être incompatible. Le travail de demain doit être pensé comme un bien commun. Faut-il un revenu universel ? Quelles lois précisément doivent être mises en place ? Ces réflexions doivent venir d’échanges avec les différents acteurs de notre pays. Utilisons les innovations technologiques et de communication pour prendre note des besoins de chacun des acteurs. Sortons de l’urgence et prenons le temps pour penser le monde de demain avec une vision positive et humaine.

Juliette Eskenazi

Fondatrice de Poussin Communication